Une médaille qui vaut de l’or

L’émotion ne se dilue pas avec le temps. À l’arrivée de la finale A du quatre sans barreur poids léger, Franck Solforosi peine à retenir ses larmes. En zone mixte, il fait face aux caméras de télévision avec un large sourire aux lèvres. Mais sa voix tremble. Son regard est humide. À presque 32 ans, le Lyonnais boucle sa longue carrière internationale avec une médaille de bronze autour du cou. Enfin. Il en connait le prix. « À l’arrivée, j’ai pensé aux copains qui m’ont accompagné durant toute cette aventure, raconte-t-il sans avoir à chercher ses mots. Ceux des Jeux de Pékin, où nous étions 4èmes, ceux des Jeux de Londres, où nous avions pris la 7ème place. Avec Thomas (Baroukh), nous avons eu une autre chance, à Rio. Nous avons été chercher la médaille. Les autres ne l’ont pas eue, mais une partie d’eux était avec nous dans le bateau. Je me suis servi des Jeux de Pékin et de Londres, des défaites et des désillusions. »

 

La finale olympique était sa dernière course internationale. Il referme l’album avec des gestes délicats. « Le but était de terminer en apothéose », suggère-t-il. À l’image de Franck Solforosi, le quatre poids léger français n’a jamais renoncé. Il a su résister à une forme de découragement, dans les moments difficiles, sans rendre les armes. Guillaume Raineau en convient : « Après avoir enchaîné autant de 4èmes places, depuis 2008, monter enfin sur le podium constitue une immense satisfaction. Cette médaille est belle. Elle est lourde. Elle fait plaisir à voir. Aujourd’hui, je pense à tous les entraîneurs qui m’ont formé depuis le temps des minimes. C’est une belle fin de carrière. »

 

Thibault Colard, intronisé chef de nage pendant le stage terminal, n’a pas connu les creux et les bosses du parcours parfois chahuté du bateau français. Monté à bord l’an passé, il a enchaîné comme dans un rêve un podium mondial en 2015 et une médaille de bronze olympique. Mais à ceux qui le voient seulement comme le nouveau venu, il aime rappeler que sa carrière de rameur n’a pas commencé au milieu de l’olympiade. « Je rame au plus haut niveau depuis l’âge de 17 ans, explique-t-il. Mais j’ai mis du temps à rejoindre l’équipe de France. Il m’a fallu quitter Toulouse pour rejoindre le pôle de Lyon et intégrer l’INSA. Ces deux structures me correspondent mieux. J’ai mon autonomie. »

 

Thomas Baroukh, 28 ans, a connu lui aussi les Jeux de Londres en 2012. Il en est reparti frustré. Mais il sait aujourd’hui que cette étape devait faire partie du parcours. « J’ai toujours pensé que je serai beaucoup plus fort aux Jeux de Rio, dit-il. Notre médaille est l’aboutissement de beaucoup de travail. Cette aventure à quatre a commencé l’an passé. Nous sommes restés ensemble, ces douze derniers mois. Une année de préparation qui a permis de créer des liens. »

 

À la différence de ses deux aînés, Thomas Baroukh se sent prêt à se lancer dans une nouvelle olympiade. Thibault Colard aussi. Les deux rameurs ignorent encore si le quatre poids léger sera conservé dans le programme olympique. La décision de la FISA, à entériner par le CIO, devrait être prise au printemps prochain. « Mais peu importe, dit-il. S’il le faut, je changerai. » La fin d’une aventure, le début d’une autre.

 

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